jeudi, octobre 06, 2005

La suite du dernier message


Si vous arrivez aujourd’hui, vous ne comprendrez pas ce message. En effet, c’est la suite du precedent. Descendez donc au message qui suit celui-ci, lisez le, et revenez a celui la !
Bon. Nous avions encore 150 kilometres a parcourir, n’est ce pas ?
Nous avons donc pris la route de tres bonne heure, le jour n’etant pas encore leve.
Les derniers kilometres ont pris environ 6 heures. Et pendant ces 6 heures, j’ai du vomir a peu pres 3 fois. Mis a part cela, la route etait tres belle, je dois le dire. Nous avons traverse des forets vierges et des plaines a la Baudelaire pendant 6 heures. Parfois nous restions meme 2 heures sans voir personne. C’est etrange de se retrouver si longtemps sans voir personne.
Nous sommes malgre tout arrives a Popokabaka. Directement nous nous sommes rendus a la Mission Catholique ou Luke et Bajai, comprenant mon malaise, m’ont depose. Eux deux sont alles travailler au projet Sida et j’ai moi meme fait une bonne sieste. Deux heures plutard, Papa Ntango est venu me chercher et nous sommes partis au couvent ou nous etions invite a dejeuner. La, j’ai fait la rencontre d’une dizaine de nones fabuleuses ! Des perles de nones, je vous le jure (rien a voir avec la none droite et severe auquelle mes parents faisaient allusion dans mon enfance!). Il y avait Sœur Annie, Sœur Superieure, Sœur Chretienne et toutes les autres. Pendant le dejeuner nous avons decide ensemble d’un planning pour combler mon apres-midi : nous ferions le tour de la Congregation.
Apres une cigarette et beaucoup de blagues concernant l’abstinence, Soeur Superieure et moi sommes parties. Nous avons commence notre ballade par le cimetiere de Popo. La, elle m’a montre la tombe d’une des siennes morte quelques jours auparavant. Elle m’a explique que la famille de la defunte etait tres en colere car elle voulait recuperer le corps et l’enterrer au village natal. Ici, les deuils sont tres speciaux : on veille des jours et des nuits le defunt en buvant et en fumant du chanvre. La mort est tristement joyeuse. On ne la pleure pas : on la fete.
Les cimetiers congolais ne sont pas comme les notres (France ou Etats-Unis) non plus. De grandes herbes recouvrent des tombes soit en beton soit tout simplement en terre. Des chemins de feuilles de palmiers sont construits de sorte que le chemin soit clair et propre. Apres quelques photos, nous nous sommes diriges vers la maison des aspirantes. Les apirantes sont des novices, ou de futures sœurs. Parmi les 10 que nous avons rencontre, huit en moyenne continueront la vocation. La maison des « bleues » etait tres sympathique, avec beaucoup de rire et d’enthousiasme (toutes les futures soeurs portent leurs cheveux courts et une croix en bois autour du cou). Juste a cote de cette maison se trouvait un orphelinat. Nous y avons passe une bonne heure. La, une vingtaine d’enfants chantait, jouait et me touchait le nez. Je crois que le nez des mondeles (les blancs) est quelque chose de formidable pour les petits congolais. Apres cela nous avons visite la demeure de Mgr. L’Eveque de Popokabaka, la ferme de la congregation et finalement l’ecole et l’hopital. L’hopital a ete pour moi la plus interessante des decouvertes de la journee. La, je me suis faite courser par un trepanose (malade atteint de la maladie du sommeil) a un stade apparement aigu de la maladie et apparement en manque de sexe! J’ai du moi meme me sauver et courir pour qu’il ne m’attrape pas ! Apres cette course poursuite, nous sommes allees a la maternite. La, des mamans de tout age (de 7 a 77 ans…) attendaient d’accoucher ou venaient d’accoucher. Durant notre visite, je n’ai pu faire la rencontre que d’un seul papa alors que une bonne douzaine de femmes etaient la. L’epouse de ce « papa present » m’a d’ailleurs beaucoup emue: croyant etre enceinte de 8 mois et souffrant de douleurs abdominales, elle est venue au dispensaire en vue d’accoucher mais les medecins lui ont dit qu’elle venait a peine d’entamer son troisieme mois de grossesse. Son etat m’a deroute : sur un lit sans matelas et recouverte d'un pagne, elle suait et se tenait le ventre, les larmes aux yeux : elle allait perdre son bebe. La sœur Superieure s’est assise a ses cotes et a essaye de la calmer en lui disant que Dieu etait la, qu’il allait l’aider et qu’il fallait qu’elle continue a vivre.
Apres cette visite, nous avons passe le centre des tuberculeux ou le trepanose obsede a encore une fois essaye de me sauter dessus, sans succes.
Puis nous sommes rentres au couvent ou Sour Annie et moi nous sommes installees au salon et avons discute du probleme majeur a la Congregation : le manque d’eau. En effet, la saison des pluies tardant, les puits sont tous a sec. Il allait falloir essayer de trouver un financement et creuser jusqu'à la nappe phreatique d’où jaillirait l’eau potable. Mais comment ?
A l’heure de la messe, les sœurs se sont retirees a la chapelle a la suite de quoi nous avons dine.
Nous sommes ensuite rentres a la mission ou nous nous sommes douches a l’eau froide et aux mille-pattes. Des "milliers de mille-pattes" se promenaient dans la chambre. Des lezards, des araignee, des sauterelles aussi….Malgre la presence de ces invites, nous nous sommes endormis bien vite.
Le lendemain fut un jour de promenade encore. Cette fois, je suis partie avec le chauffeur de CRS pour visiter le fleuve Kwango d'ou partent des barges jusqu'a Kinshasa. Je voulais a tout prix rencontrer les hommes crocodiles du Fleuve Kwango. La legende veut que ses hommes soient morts et reincarnes moitie-homme, moitie-humain. Malheureusement, meme apres maintes recherches, pas l'ombre d'un croco-congolais! Apres cette recherche, nous sommes passes par le marche de Popo, un petit marche local ou l’on vent frippes, farine de manioc, arachides, legumes, poisson sec, et ou j’ai achete quelques petites boules tres etranges : ces petites boules sentaient l’oignon mais etaient aussi dures que des noisettes. Les locaux les utilisent pour aromatiser les feuilles de manioc en sauce. Le meme soir, nous avons remercie et dit au revoir aux sœurs et sommes rentres a la Mission, prets a repartir le lendemain.
Le voyage retour fut plus court. Sans incident. Juste la route, la route, la route.
Nous sommes arrives a Kinshasa vers 4 heures de l’apres-midi et apres une bonne douche chaude sans mille-pattes, je me suis affalee sur le lit jusqu’au lendemain.

dimanche, octobre 02, 2005

Le voyage a Popokabaka

Tout d’abord, excusez-moi pour cette longue absence mais les dernières semaines ont été chargées!
Je vais commencer par notre « périple routier » à Popokabaka. Pour vous situer un peu… Popo est un grand village de la region du Bandundu, une des huit régions du Congo. Popo se sur le fleuve Kwongo, juste a la frontiere angolaise En principe, il y a 370 kilomètres de Kinshasa à Popokabaka mais parce que les routes changent chaque année à cause des pluies, le kilométrage n’est jamais le meme. En temps, le voyage dure 12 heures.
Pour une meilleure vision :
http://eur.i1.yimg.com/eur.yimg.com/i/fr/enc/jpeg/cartes/zc002f0.jpeg

Bon, nous sommes donc partis le lundi 19 septembre vers 5 heures du matin avec Papa Ntango, un chauffeur de C.R.S et Docteur Bajai, le superviseur de Luke pour le programme VIH/SIDA.
Les 100 premiers kilomètres se sont déroulés sans problème : la route était super, les discussions animées et la joie au rendez-vous. Malheureusement vers 9 heures, alors que nous commencions à rentrer dans une nature un peu plus dense et hostile, la voiture s’est arrêtée. Comme ça d’un coup, Papa Ntango a fait une drôle de tête et nous a dit que c’était mort. Pas moyen de continuer. Un boulon s’était défait en dessous de la voiture et apparemment, c’était grave. La conclusion : nous étions coinces en brousse, avec autour de nous...rien.
Pas de village, pas de gens.
Rien.
De plus, nous étions trop loin de Kinshasa et nos téléphones ne marchaient plus…pas de réseaux. Heureusement nous avions un « phony » dans la voiture. Un « phony », c’est une cibie qui est supposée nous relier au bureau central de C.R.S à Kinshasa. Dans la voiture, à la cibie:
« Kilo Mobile, Kilo Mobile ici Kilo base…Répondez…Kilo Mobile, Kilo Mobile, ici Kilo base…En attente. Terminé. »
Et ça a duré, duré, duré avec Kilo Mobile qui répondait pas et nous les Kilo bases perdus dans la jungle… Nous avons passé une bonne heure à essayer de les capter, sans succès. Finalement, Kilo Mobile s’est réveillée et a pris notre message codé. Nous avons expliqué le problème a peu près 5 fois, en s’assurant que Kilo Mobile avait tout compris : nous avions besoin de secours, d’une nouvelle voiture, et d’un garagiste pour réparer la voiture avec laquelle nous avions commence et qui nous avait lâché.
Il était maintenant midi.
Au milieu de rien, nous avons malgré tout trouvé une ferme, la Ferme du Bosquet, ou nous nous sommes assis et assoupis en attendant les secours.
La Ferme du Bosquet portait bien son nom car ce n’était pas une ferme comme vous vous l’imaginez, non, mais vraiment un bosquet. Trois arbres, pas l’ombre d’un cochon ou même d’une poule, juste un petit coin d’ombre finalement. La, nous avons fait une rencontre un peu surprenante. Un petit garçon etait assis sous un arbre. En le questionnant nous avons appris qu’il avait été rejeté par sa famille qui le croyait sorcier. Arès la mort de sa mère, sa famille a décidé qu’il était la cause de ce décès et l’a chassé. Il est donc parti avec pour seule possession un maigre balluchon attaché à un bout de bois. Il avait marché des semaines en provenance de Kikwit (à 300 kilomètres du Bosquet) et était arrivé là, sans nourriture, sans eau, sans famille. Il avait l’intention de se rendre à Kinshasa et trouver un travail, de se débrouiller. Ce genre de problème est fréquent au Congo. Les enfants sorciers sont nombreux et se retrouvent abandonnes. Ils rejoignent la capitale et deviennent des enfants de la rue ou des « shégés » Il fut décidé que la voiture qui nous dépannerait ramènerait ce petit sur Kinshasa.
A 3 heures, les secours tant attendus sont arrives avec une nouvelle voiture et un bout de pizza pour le moral. Nous avons chargé le nouveau véhicule et repris la route, avec 6 heures de retard !
En sachant que le soleil se couche a 18 heures ici au Congo et que C.R.S a de strictes règles concernant les voyages de nuit (interdits), nous avons du nous arrêter dans une mission a mi-chemin. La, nous avons rencontre le Père Antonio, un italien présent au Congo depuis 20 ans. Apres souper Luke et moi avons beaucoup discuté avec lui et avons écouté ses récits de guerre et de pillages. Il nous a expliqué, entre autre, qu’il n’allumait plus les lumières de la mission, ou très peu, pour éviter à la population de penser que la mission est riche. Durant les pillages, les militaires ont été attire par cette lumière et ont tout pillé, détruit et saccagé. Le Père a du fuir et se cacher pour éviter d’être tué. Mais il est revenu et a reconstruit. Il s’occupe en majeure partie du dépannage de camions qui voyagent des centaines de kilomètres pour amener des vivres jusqu'à la capitale (manioc, chèvre, etc… Père Antonio s’occupe également de projets de moulins à eau potable pour les villages autour de la mission.
Apres une bonne heure de discussion, nous sommes allés nous coucher.
Le lendemain nous nous sommes levés à 4 heures et avons repris la route. Nous avions encore à parcourir 150 kilomètres.